Rendez-vous avec… Rose-Marie Maillier

En publiant « En finir avec le silence », quatre femmes membres de l’Action Catholique des Femmes (ACF) disent leur souffrance à propos de la pédo-criminalité. Rose-Marie Maillier, de Tavaux, est l’une d’elles.

« En finir avec le silence »… Pour les gens qui n’ont pas lu ou vu votre livre, quel est ce silence ? De quoi est-il constitué ?

Le silence, c’est ce qui enferme les victimes dans leur souffrance et leur donne l’impression d’être non pas victimes mais coupables. C’est la pression que les agresseurs mettent sur les victimes et la honte ressentie par celles-ci qui fait qu’elles ont beaucoup de difficulté à en parler et s’enferment dans le silence.

D’où est venue l’idée d’écrire ce livre à quatre mains et comment avez-vous procédé ?

Suite à la révélation des cas d’abus sexuels dans l’Eglise, l’ACF a consacré un numéro de sa revue Passerelle à « La tourmente dans l’Eglise » (n° d’avril-mai-juin 2020). Suite à cette parution, nous avons reçu des témoignages et Bayard-Services, avec qui nous travaillons pour la revue, nous a encouragées à approfondir ces questions. Une des personnes du comité de rédaction venait d’apprendre que sa fille avait été abusée à 15 ans. Nous avons alors constitué un groupe de travail avec trois personnes touchées par ce fléau. Une abusée à 12 ans par un pédiatre, l’autre dont la fille a été abusée à 15 ans et la troisième, assistante sociale, qui a beaucoup travaillé avec des familles concernées par ces abus. Elles m’ont demandée de les accompagner dans ce travail en tant que présidente de l’ACF (je ne le suis plus depuis le mois de septembre 2020). Nous avons été accompagnées par un journaliste de Bayard-Services qui nous a guidées dans ce travail avec beaucoup d’attention et de bienveillance.

Que pensez-vous de la réaction des évêques de France, par exemple lorsqu’ils créent une commission confiée à un laïc (Jean-Marc Sauvé), commission chargée de repérer, dans le passé et le présent, tout ce qui touche de près et de loin à la pédo-criminalité ?

La commission Sauvé a réalisé un gros travail qui aujourd’hui se poursuit. Nous pouvons dire qu’avec la prise en compte de ce fléau par cette commission, l’Eglise témoigne de sa volonté de faire la lumière sur ces crimes. A plusieurs reprises nous avons eu des réactions négatives de membres de notre association concernant une indemnisation des victimes : « Ce n’est pas à nous de payer pour les crimes commis par des membres de l’Eglise. » Et surtout, l’argent ne peut compenser le préjudice subi. 


Propos recueillis par Pierre Compagnon

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